dimanche 19 avril 2015

ici et ailleurs 1 Good Luck, une affiliation



Retour en sept 2010 Paris
L. écoute ses messages sur son répondeur téléphonique à son retour de Concarneau...une voix d’homme, très polie, lui demande de le rappeler pour affaire personnelle grave. Etrange. Elle interrompt le rangement de ses bagages, intriguée. Elle compose le numéro, un homme répond.

fête de la pleine lune :lancement des feux d'artifice

-« Je crois que vous avez rencontré mon frère en Indes Jacques...Elle confirme. Je suis navré, mais je suis le messager d’une triste nouvelle... Jacques est décédé. A ‘l’hôpital de Chennai, insuffisance respiratoire. » Un tremblement s’empare d’elle. L. le remercie. Il continue. On m’ a renvoyé ses quelques maigres affaires dont son agenda. Il y avait bien peu de contacts dedans alors quand j’ai vu le votre à Paris j’ai tenu à vous prévenir.... Elle reste muette. Il attend une confidence. Laquelle ?. Qui pourrait comprendre ?  des moments peuvent résonner à l’infini.  Elle est sous le choc. C’était bien le jour de l’an, cette année, ils étaient ensemble dans ce lieu inoubliable entre ciel et mer... Mahabalipuram le village des tailleurs de pierre et des pécheurs. La nouvelle met du temps à l’atteindre. Elle ne veut pas qu’elle lui arrive.  

Pleine lune, 2015
Elle parvient à Mahabalipuram après un voyage en bus épuisant. Trois changements. Une poignée de sac cassée. 42 degrés. La route au départ archidéfoncée. Le lieu de sa quête concerne un homme qui n’est plus. Son compagnon est resté à Tiruvanamalai pour participer au pèlerinage de la pleine lune, 14 km. Elle est soulagée d’échapper à cette ville, haut lieu pourtant chez les étrangers friands d’ashrams. Trop pour elle. Et puis, cette concentration de mendiants et de sadus. La mendicité comme modalité de vie ?. Cette foi ou ce fanatisme hindouiste alors qu’elle a vu un homme mourir au milieu d’allées et venues, dans la rue, sans un geste de compassion. Personne n’a voulu les aider à avertir une instance alors que  son corps recroquevillé gisait ...
Après avoir trouvé un hotel, fleuri et chaleureux où elle dépose ses bagages, elle se dirige vers la plage. C’est là qu’en 2008 elle logeait et avait passé la nuit du Jour de l’An. Sans difficulté, elle retrouve ses marques, le cordonnier qui a une échoppe maintenant, la ruelle, le couturier...c’est bien là, Shri Harul Guest House, elle vérifie d’un coup d’œil sur les chambres : elles ont une balustrade sur la plage. Elle monte un peu émue. Arrivée sur la terrasse déserte d’un restaurant, elle découvre un décorum  kitch, des photos de rock... Elle se penche à l’Ouest et vérifie la vue. Pas d’erreur. Elle reste le souffle coupé : la mer et ses longs rouleaux déferlant, les bateaux aux proues hardies, les vaches sur la plage et à gauche, la silhouette tassée du temple shore temple merveille du VI ème.siècle qui a résisté aux houles. Là, en 2004, le tsunami a mis au jour des ruines. Il y avait au moins 8 temples entre mer et terre. Elle ne peut s’arracher à cette vue qu’elle a souvent revu en souvenir avant de s’endormir. (Elle a en mémoire un choix d’images animées au cas où elle a du mal à s’endormir)...La nuit tombe, la mer est opale. Le son des vagues domine, puissant. La force des éléments ravive ce sentiment d’harmonie avec les mouvements du ciel et de la mer qu’elle avait ressenti et partagé. Partagé...
Le cuisinier arrive, il n’y a pas d’autre client. Elle lui demande où est le patron et il l’appelle. Cet homme un peu rude nie tout. Le restaurant est à sa famille depuis toujours. Il ne connait pas de français...Elle se trompe de lieu. D’ailleurs, il est brusque dans son anglais mal dominé. Elle le dérange. Après un regard à la mer, elle repart chamboulée. Que se passe-t-il ? A-t-elle rêvé ?

La lune est immense au-dessus de l’horizon.
Dehors la musique l’interpelle...Elle est du côté des hotels pour étrangers.  Il lui faudrait aller au-dela du temple, elle perd du temps dans les rues car on ne peut passer par la plage. Elle se dirige vers les rues où des familles indiennes accourent. C’est la fête de la pleine lune ici aussi. Elle se laisse emporter par le flux. Elle parvient à la plage sur la droite du temple occupée par des centaines de personnes qui vont et viennent joyeuses.. Beaucoup sont déjà installées sur le sable pour camper, en rond, des tissus tendus autour d’eux. De multiples étals proposent du poisson grillé, des beignets de piments, de banane plantain, d’œufs durs. D’autres des jouets, des instruments de musique. Plus loin, des tatoueurs et des diseurs de bonne aventure. Elle va jusqu’à la mer où femmes et hommes jouent dans l’écume et se baignent à distance des vagues qui éclatent, immaculées sous les reflets de la lune... Un feu d’artifice se déclenche au-dessus de la mer. Superbe.
A son retour, elle découvre sur la droite, un vaste étang sacré rectangulaire :au milieu mi-immergée, une statue de Vishnu protégée par des cobras..   A droite, un char couvert de fleurs, dahlias, jasmins, qui portait les fusées des feux d’artifice. La lumière de la lune est euphorisante, tous les visages sourient. L’air chaud de la nuit lui dit que demain, elle retrouvera.
            Arrivée à hôtel elle ne peut fermer l’œil ; c’est la pleine lune. Alors elle recherche sur son ordinateur son journal...qu’a –t-elle écrit en décembre 2008 ?

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Mercredi 30 décembre 2009, Temples de Vishnu, la mer
Nous partons à 7h en voiture avec chauffeur, B, V et moi, Badri donne des coups de téléphone puis travaille sur son ordinateur, toujours ingénieux, il propose de verser mes photos sur son ordi et il me fera un cdrom. Il est tellement prévenant que je suis confuse, comment le remercier? En moi-même je l’ai baptisé Ulysse.
Journée de rêve avec l’arrivée au Temple de Vishnu, à l‘entrée un hall avec une centaine de piliers aux bas reliefs sculptés plus riches les uns que les autres, danseuses, nains, animaux. L’art roman semble en être issus…des ouvriers nettoient les statues en pierre. Une pièce d’eau carrée avec un socle au milieu, une statue en bois y est immergée que l’on sort tous les 2 ans pendant 4 jours. Le temps est suspendu je regarde pendant que mes amis vont à l’autel de Vischnu où je ne suis pas admise.
Le soir en arrivant à Mahalidpuram, nous nous rendons au temple blanc de Vischnu, il y a peu de monde. Mes amis me font entrer et je découvre l’autel, un bouddha couché sur le flanc, non c’est Vischnou en pierre noire avec le casque et les pieds en or. Devant lui, un jeune prêtre au visage  très digne et fin, un peu éthiopien procède à un rituel air (plumeau), terre, il donne une fleur jaune de chrysanthème, feu, il déplace une lampe à huile, eau, qu’il verse au creux de nos mains. Il demande à mes amis leurs noms et leurs horoscope en tamoul, puis me demande mon nom en anglais. Ainsi, des statues que je prenais pour des Bouddhas ou des bodhisattvas sont des statues de l’hindouisme !. Je retrouve la sérénité des visages, l’esquisse d’un sourire, le lotus. Après l’autel de Vishnu, une visite à la déesse Lakmi son épouse, assise sur un lotus avec un lotus dans chaque main et deux éléphants. Elle est dans un autre petit autel, un autre prêtre au buste nu toujours nous accueille et le cérémonial se répète. Puis alors le premier prêtre nous rejoint pour nous ouvrir l’autel de Andal, seule femme parmi les 12 « alvar » saints philosophes tamouls du 12 e siècle et dont V interprète des chansons. Même rituel, la répétition est vue par exemple dans le mandras, paroles de prière répétée comme un moyen d’accès à la spiritualité (si toutefois on ne craque pas avant). Puis c’est l’achat comme ce matin d’offrandes : riz au caramel, riz salé, gâteaux, tout est végétarien et les jours de pèlerinage même les pèlerins des autres castes qui mangent du poisson et de la viande sont végétariens. Les brahmanes peuvent être cuisiniers puisque eux seuls on le droit de toucher à la nourriture des brahmanes.
Après la visite de Kanchipuram « la ville d’or », capitale comme Nara et Kyongju à peu près  à la même époque, V ème,  VIII ème, d’où est partie l’influence indienne qui a marqué  l’Indonésie -à plusieurs reprises les souvenirs oubliés des temples de Borobudur, de Prandanam à Java et Bali restée, elle, hindouiste remontent à ma mémoire. Mes amis adorables,  généreux  me quittent  à Mahalipuram où je reste 3 nuits dont celle du 31 décembre avec la pleine lune au dessus de la mer. Nouvelle étape où je renoue avec les voyages comme mode de vie.
Le petit hôtel Shri Harul Guest House où je suis me rappelle également mes séjours à Bali seule en 1973 et puis avec mon frère... Les robinets ne ferment pas, les moustiques sont en embuscade, l’interrupteur inatteignable, un drap un peu suspect (mais j‘ai mon sac de couchage en soie).  Je ne paie que 800 roupies (1 euro 65 roupie) 12 euro. Mais surtout le fils du propriétaire est sympathique, altier, avec un regard chaleureux d’yeux noirs un peu mouillés et attentifs...Il est ingénieur et en plus gère cet hotel de 6 chambres  avec sa famille. Dans la chambre surprise ! un tableau avec une bisquine immatriculée à Cancale;   je me souviens alors qu’il. nous a dit que son frère avait épousé une touriste et vivait en Bretagne comme tailleur de pierre, ses parents hostiles au mariage qui s’est fait ici, ont finalement accueilli l’autre parti (40 français sont venus). Ils ont deux enfants…

Il me faut reprendre le rythme du voyage seule. Fermer la valise à cadenas, pas perdre la clé que j’accroche à des ciseaux placés dans la pochette de milieu de ma trousse de toilettes. Zut mon sac, caché derrière la porte de la salle de bains y est resté et a pris l’eau - ici on s’arrose à petits et grands baquets d’eau - aux toilettes, on se lave aussi. Je retire l’enveloppe ventrue avec la moitié de mes roupies (l’autre est dans ma pochette), elle est humide, pour un peu j’aurais du sécher mes billets ! Cela aurait été bien : la chambre donne sur la mer par une terrasse au rez de chaussée que partage 3 chambres,  A. allemande qui voyage seule et rentre du Sud de l‘Inde, demain Hambourg est ma voisine. Comme moi, elle a achète papaye, ananas et déjeune ; zut le pot de yaourt que j‘ai acheté a comme  date limite   2 dec « Attention de ne rien laisser car mouches et fourmis guettent » me dit A qui arrose à grande eau sa table. Je m’empresse de l’imiter. Tous les jours faire le point pour prévoir les jours à venir, confirmer l’hotel, le moyen de transport, je dors toujours deux nuits minimum au même endroit sauf à Tanjore, suivi d’une nuit dans le train. J’entends le bruit des vagues qui se dérversent en rouleaux paisibles. Les bateaux des pécheurs sortent tôt le matin vers 4h, j’entends les moteurs, les hommes ravaudent leurs filets sous  l’œil apathique des  vaches au beau pelage cuivré ou sable. A droite Shore Temple, le temple  de la mer, très sobre par la couleur de sa pierre, ses rangées de taureaux… D’après ce que me dira J. le soir des découvertes ont été effectuées par des plongeurs archéologues américains une année, mais l‘année suivante le gouvernement leur a refusé de poursuivre :il faut maintenir le mythe de la supériorité culturelle de l’Inde du Nord. En fait, le tsunami a aussi découvert des fondations d’autres temples. Je le visite et le lendemain vais derrière du côte où la foule des indiens s’écoule jusqu’ une plage où il y des manèges pour enfants, des chevaux que l’on peut monter et des milliers de personnes, silhouettes colorées, se dressant face à a mer, les pieds dans l’eau ou assis. Personne ne nage vraiment. Les enfants me dévisagent, certains effrayés, j’achète des tongs et la jeune femme amusée me parle un peu.  C’est alors que je découvre avec émotion le site de la colline avec ARUJA’Penance : des rocs sculptés dans un site de rochers énormes, d’éboulis de géants :du chaos émergent des temples, des  statues. Comme un spectacle de danse dans ce site démarre à 18H je décide d’y rester. Pleine lune, sculptures mises en valeur par l’éclairage, Barathanyan …la magie. Sans les moustiques déchainés ce serait un endroit d’où ne plus bouger  (comme dirait A. où attendre l’éruption du Vésuve). Des chèvres attirées par la musique se profilent sur la nuit au dessus de la scène.
21h, c’est la Saint Sylvestre, je vais monter sur la terrasse au 3 ème où un petit restaurant tourne bien avec trois quatre tables, le toit en paillote et surtout cette vue imprenable sur Shore Temple, sur les vagues qui étincellent. L’homme d’une soixantaine d’années avec qui j’ai déjà échangé avec plaisir la veille, voyageur de haut calibre ai -je l’intuition, discute avec une japonaise, compagne peut-être de Diva, celui qui tient le restau ici. Je leur demande si je peux me joindre à eux. Les conversations, français, anglais, japonais s’entrecroisent , s’interrompent et se mêlent, Mariko vient de Miazaki, de mon Kyu-Shu donc…Youpi j’ai retrouvé la complicité qui unit les vrais voyageurs, ceux qui voyagent seuls. J. et moi restons tous les deux et déjà il est 23 h 15, à nouveau nous parlons et c’est 2010. C’est son 14ème séjour en Indes depuis 12 ans. Je ressens beaucoup d’empathie, au premier regard son allure mince et son regard vif derrière des lunettes m’ont fait penser à un professeur de yoga ou à un prêtre intello. Il a concilié voyages et activité professionnelle et peu à peu comprend de mieux en mieux la complexité de la société indienne « je ne veux pas juger, j’ai de la compassion » . Les intouchables sont encore mis à l’écart par les autres, leurs métiers comme ceux des Burakumin liés à la boucheries, aux ordures et au cuir ne sont pas payés car ils étaient en quelque sorte des serfs. Ils devaient faire le travail pour leurs supérieurs qui le prenaient comme un du. Nous évoquons le livre sur les parias que j’avais aimé, le boudhisme, le Shri Lanka où rappelle-t-il, les Tamouls ont toujours été présents. Ici, les pécheurs ont touché un peu d’argent avec le tsunami qui a amélioré leur niveau de vie. Je prends plaisir à interroger et à discuter avec cet homme de Montbéliard qui s’anime, explique  car il est très cultivé, et m’explique pourquoi la théorie de l’invasion aryenne est une fiction britannique. Pour lui le judaïsme ( les Lévy et les Cohen caste ?)et l’hindouisme sont des religions violentes, la vie humaine y a peu de prix, moins que celle des animaux. Le bouddhisme, le jainisme et le christianisme ont apporté la fraternité reprise de façon laïque par la révolution française. Ici la fraternité n’existe pas, les castes qui pourraient constituer  un système d’organisation sociale par le métier, sont considérées comme hiérarchiques avec tous les abus qui y sont liés. C’est pour cela que les parias se convertissent au christianisme et à l’islam. Il reste aussi beaucoup de superstitions, de croyances aux mauvais esprits; d’ailleurs le matin tous les cercles de craie colorés devant les maisons sont des hommages au dieu soleil.
Le bruit des fusées des feux d’artifice détonne, des feux somptueux éclatent, au Nord leurs gerbes en couleur qui reflètent sur la mer. Quelle nuit belle, au sein de la nature, sans une goutte d‘ alcool. Nous nous sommes régalés de crevettes et de salade de fruits au yogourt ; j’embrasse J. en lui souhaitant une bonne année dans les 3 domaines et d’autres encore, il a au fil de la conversation dit que 2009 était avait été éprouvant dans 3 domaines «  3 domaines ? « oui de l’horoscope : le cœur, la santé et l’argent ». Pourtant je le sens bien dans sa peau. Je ne veux pas poser de questions, à  quoi cela sert ?.  C’est par devoir et amitié pour Diva qui a 38 ans qu’il s’est installé ici.... il ajoute « je me suis attaché à Mariko... » Cette rencontre en cette soirée du jour de l’an est un cadeau sans doute nous ne nous reverrons jamais... Il est en retraite et je me reconnais un peu en lui. De la bonne énergie.

Le clou dans le pied de la petite danseuse Ce soir au festival de danse dans ce site prestigieux de la descente du Gange une troupe du Kerala un peu gauche avec un orchestre de trois mindrugam et une flute joue. Les danseurs portent en équilibre de hautes pièces-montées de fleurs et de fruits exécutaient des mouvements de plus en plus audacieux. Assise au premier rang, j’ai pu voir le choc et le malaise d’une jeune danseuse très jolie dans son costume rouge et blanc. Elle s’est reculée puis a soulevé son pied où j’ai vu du sang. Un clou sur la scène sans doute. J’étais indignée. Pourquoi cette négligence, ne peuvent -ils mieux traiter leurs artistes, c’est un grand festival !. A Chennai, c’était tout aussi honteux, alors que le s musiciens étaient habillés avec recherche, V.  Parée d’un sari époustouflant, le vieux tissus lequel ils devaient s’assoir pour jouer était à peine propre.Au retour,  alors que j’arrive sur la terrasse qui semble être le pont d’un bateau; J. est seul « je peux m’assoir? » «  je savais que tu viendrais » je passe moi aussi au tu. Je fais part de mon indignation. Est-ce que les hindouistes sont sur un mode de l’absolu qu’ils ne  traitent pas les problèmes du matériel ? il s’indigne, non au fond l’hindouisme a laissé des pratiques ruiner sa philosophie. Le boudhisme est humaniste. Il parle. Pourquoi tant de malheureux ici ? tant d’enfants abandonnés à un sort qui n’émeut personne ? les castes si virulentes ?  Pourtant il adore l’Inde.
Mr Diva nous interrompt et me demande combien de temps j’ai vécu  en Indes, il est intrigué par ma réponse «  comment vous connaissez cette dame indienne qui est brahmane et se dit tamoule alors qu’elle est de Bombay ? » . Je prends conscience que D. a peu bougé. Je pense que J. a du l’arracher à la rue : « il m’a pris pour son père moi j’ai voulu faire évoluer cela vers de l’amitié » Comme moi, J. dit avoir été étonné du ton direct des questions de V.; moi je n’ai pas compris pourquoi elle montrait son bijou de mariage à Mr Diva en lui demandant s’il connaissait cela, peut-être parce qu’il disait qu’elle n’était pas tamoule. En plus, des castes, le régionalisme !  avec le naxalisme et le terrorisme cela fait beaucoup. D’où vient alors cette impression de douceur, d’harmonie?
J. parle d’un  autre fait qu’il ne s’explique pas non plus: une vilaine blessure au pied guérie après avoir été trempée dans le Gange qui est aujourd’hui si pollué et où on jette les cendres après les crémations. Sans doute ici se produisent des phénomènes que l’on pourra un jour expliquer.
  Nous reprenons notre dialogue, danse et perfection, cuisine, Calcutta capitale culturelle amputée du BanglaDesh  la langue tamoule, les langues ici, Bangalore plus ville du Nord que du Sud qui n’aurai pas du être capitale puisqu’il y avait Mysore, les superstitions encore vivaces, les eunuques, beaux garçons qui sont enlevés, mutilés et prostitués par des proxénètes. Il se met alors à parler de Diva, pauvre gamin abandonné de ses parents  qui s’est imposé à lui « je n’ai pas choisi, il ne voulait pas me quitter, je n’avais pas le choix, il attendait tout de moi, je ne pouvais pas le décevoir...Il voulait que je sois son père,  j’ai essayé de déplacer notre line vers l’amitié puis ai renoncé. Tout à coup mes séjours ici ont pris un autre sens du coup.
Puis nous en revenons à Shri Aurobindo, en dépit de dérives peut-être après sa mort, il reste un grand penseur humaniste, lucide. A Pondichéry dit J. il y a des groupes de recherche sur la science et la psychologie, non pas à Auroville la ville utopiste fondée par la Mère (française d’ailleurs) mais à l’ashram…tout cela est un peu compliqué car certains ont besoin de directeur de conscience, du coup les gurus fleurissent, tous ne sont pas des charlatans, certains si. Par contre, pour lui Shri tchai baba que j’ai donc vu et Amma à Trivandrum sont des « éveillés » qui ne peuvent que faire du bien aux autres par ce qu’ils sont..Je fais remarquer que prendre 2000 personnes dans ses bras par jour parait vraiment bizarre. Pour certains, cela marche car ils y croient, il y a bien des effets placebo ? J. reconnait ne pas avoir besoin de chercher à l’extérieur. Il me confirme ce que j’avais perçu au premier regard qu’il fait du yoga, 20 postures par jour; Du coup, les jours suivants en faisant ma gym, matinée de yoga, je compte le nombre de postures que je connais 9 et trois un peu floues. Je me sens très fière. Je parle un peu de N. mon prof de yoga qui a 76 ans, que j’admire car elle a un sens profond du développement de l‘autonomie dans sa façon d‘intervenir«  c’est cela la méditation, être présent à soi dans l’instant »
Il me prend dans ses bras. «Tu m’invites » ? » Je l’entraine dans ma chambre qui donne sur la mer. Nous regardons les vagues déferler et suivant leur tempo, il m’attire.
Le matin, mon taxi arrive. Je ne peux décommander, ni changer.. Nous sortons ensemble de la chambre. Il m’aide à porter les bagages. Fait des recommandations à mon chauffeur. .Il  me redit de ne pas manquer les statues de bronze, le couple de dieux Vishnu et  Lashmi, l’amour. 
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La quête, 19/04/2015
Anxieuse. L. a mal dormi. Elle se lève pour aller voir le lever du soleil. Des silhouettes se dirigent vers la plage. L’aube est imperceptible. Le bruit des vagues la guide. Sa pile électrique aussi...des filets, des  bouses de vache, des chiens, il faut regarder où passer. Elle traverse la plage pour mettre les pieds dans l’eau. Des vaches dorment près des bateaux. Des feux indiquent des mouvements de barques de pêche. L’horizon palit, la mer aussi, le soleil se lève, globe rouge. Alors des femmes joignent les mains, des hommes en prière murmurent. D’autrs s’avancent dans l’eau mais la violence des vagues les arrêtent ; Les gens restent debout en admiration devant le soleil qui s’élève. Des prêtres brahmanes arrivent et s’assoient : ils installent des petits autels, briques, feu, banane, noix de coco, riz, fleurs..L. revoit une plage de  Copacabana à l’aube  où des femmes effectuaient un rite vaudou ; il y avait en plus de l’alcool, des cigarettes, des bougies. Jacques assistait souvent le matin à ce moment cosmique. Voyait –il la mer de sa chambre ?

Trop tot pour retourner à l’hotel. Les tailleurs de pierre travaillent, assis par terre. Elle se dirige vers les rocs sculptés. Revoit avec émotion dans un temple et contemple la femme qui trait la vache sous la protection de Vishnu puis la chute du Gange, ARUJA’Penance. Le parc est déjà animé, des enfants glissent sous u énorme roc en suspens, des femmes allument du feu et font à manger, d’autres se lavent...les familles s’installent pur camper campent


L. reprend sa quête, décidée. Non, la française de l’hotel ne savait rien, elle habitait ici à éclipses. Il faudrait demander à sa fille Sumi. Sumi était partie. L. retourne au petit  hôtel sur la plage, gravit les  trois étages pour atteindre la terrasse. Un homme se repose. Pas le même que la veille. Peut-être le propriétaire qu’elle cherchait ?. Oui, oui, c’est bien lui, il est attentif et chaleureux,  elle a bonne mémoire lui dit-il quand elle lui demande si son frère est encore en Bretagne... il possède toujours l’ hôtel avec son frère, il avait loué autrefois cet étage en restaurant, la famille l’a repris à son compte. Oui il a été triste de la mort du français, un grand homme, pas n’importe qui ! Cela s’est passé en quelques jours, tragique. Le Diva ? il est parti, pas loin , il s’est installé en face c’est le Good Luck

Elle traverse la rue : l’affiche Good Luck lui saute au regard. Quatre à quatre, elle grimpe les étages et déboule sur une terrasse. Des photos du Daulaghiri, de Chandighar, l’Himalaya, une étagère chargée de livres, des tables fleuries ...c’est cela. Un homme arrive, de petit gabarit, vif, c’est Diva.
Ils se regardent. Elle lui dit doucement « j’ai appris que Jacques était mort »
Il la regarde intensément :
-je me souviens de vous...vous êtes déjà venue. Un thé ?
-oui, en 2009, j’avais passé la fin de l’année ici, vous aviez une compagne japonaise..
-Mariko, vous connaissiez sa ville !
-Oui Miazaki ! 
Elle explique comment elle a été prévenue. Il s’assoit et raconte. Jacques était rentré en aout de France, patraque, il avait mangé quelque chose dans l’avion...lui toujours en bonne santé, a eu de la fièvre, très forte, il délirait. Diva paniqué avait appelé une ambulance.. A Chennai, à l’hôpital, on avait diagnostiqué une pneumonie, pas du tout un problème digestif. Cinq jours après, il apprenait qu’il était mort. Seul.

Diva n’arrive plus à parler, elle pose sa main sur son épaule et il se serre contre elle :
-c’était mon père
-je sais
-il m’a tout appris
-tu le connais depuis quand ?
-j’avais treize ans quand je l’ai rencontré, ma chance !...mes parents étaient trop pauvres pour s’occuper de nous. Nous vivions dans la rue. Lui ne me repoussait jamais, il me parlait. Un jour, il y a eu un orage. Des pluies torrentielles ; il m’a laissé m’abriter chez lui. J’y suis resté.
-Il t’a adopté ?
-pas du tout.  Il ne voulait pas me garder chez lui. Moi j’étais décidé à rester avec lui. Il a compris. Quand il rentrait en France, il me logeait chez des gens. Il m’interdisait de faire des conneries
-des conneries ?
- avant je prenais ici et là, je volais quoi...je m’étais mis à vendre de la drogue à des étrangers, cela rapportait bien puis à en prendre. Il m’a vidé. Je suis revenu. Plusieurs fois, des ruptures et retours. Je buvais aussi. Il a mis des conditions. Un contrat entre nous deux.. Puis il m’a trouvé une place dans un centre de formation professionnelle à Chennai.
- alors il t’a aidé à monter ton restaurant ?
-oh non, d’abord il m’a fait ouvrir un compte épargne en banque et m’a trouvé un travail à Goa. J’y ai passé 7ans pour économiser. Mon restaurant, c’est venu après.

Il raconte la négociation avec le propriétaire comme on Jacques était respecté. Oui, il faisait du yoga, tout seul....Comment ils avaient décidé la carte, les plats, les prix. Jacques louait une chambre chez des pécheurs. Il partait faire la saison d’hiver à Chambéry et revenait. Il passait par le Cachemire, il parlait des sources du Gange avec passion. Il avait tout perdu avec cet homme qui lui avait appris le bien et le mal. ... Il a accompli les rituels de deuil comme un fils. Au téléphone quand Diva l’a prévenu du décès, son frère a dit que Jacques aurait préféré que son corps reste en Indes. Alors, Diva s’est occupé de tout, la crémation, les rites de 13 jours. Il a décidé de partir disperser ses cendres dans le Gange pour moitié et pour moitié ici en mer d’une barque de pécheurs...Il avait vu ces paysages dont Jacques lui parlait, les hautes chaines de montagne, a neige qu’il n’e connaissait pas. Oui, cela avait englouti toutes ses économies mais il avait aimé ce voyage. Jacques aurait été content de lui. Non le frère avait promis d’envoyer de l’argent une fois l’appartement de jacques dans le Jura vendu. Il n’avait eu de lui aucune nouvelle. Avait mené tout cela seul, si seul. Mariko était repartie déjà au Japon. Une dame du Consulat français à Pondichéry l’avait beaucoup aidé pour les papiers. En rentrant du Nord, il avait cru mourir de chagrin tellement Jacques lui manquait.  Puis il a imaginé  sa voix. Il sait que Jacques lui aurait dit de s’accrocher, de ne pas boire, de pas laisser tomber. Deux ans après le propriétaire du restau était mort et ses deux fils qui ont hérité ne lui ont pas fait de cadeau. Ils voulaient reprendre le restau. Qui ne marche plus car ils ne savent pas cuisiner. Ici lui n’a plus la plage, la mer, cette vue magique. Et puis il y a moins de clients avec la crise, les étrangers viennent moins alors que tout le monde a ouvert des boutiques, des guest houses et de soit disant restau...C’est dur.
-        Tu as eu la chance de connaitre Jacques
-        -oui luck c’est le nom de mon  restau. Où êtes-vous logée ? venez ce soir diner, je vais vous faire le poisson comme Jacques m’avait appris...
-        - je prends l’avion ce soir à Chennai et repars à midi.
-        - que dommage. Bon, c’est bien que vous soyez venue, J’aime parler de Jacques, mais à qui ?

Il lui tend son courriel... « revenez »