jeudi 12 mars 2015

Société, Goa et ailleurs toutes sortes de gens, de styles...

le coucher de soleil sur la mer : toutes catégories de gens, Goa


Rencontre déconcertante et complexité de l’Inde

Samedi nous avons retrouvé Amalia Rodrigues. A Margao grande ville de Goa. Rencontrée à notre arrivée il y a trois mois dans le Centre de Mère Térésa à Panjin. Enfants abandonnés et femmes âgées. Son allure, sa beauté nous avait frappés, sa dignité aussi  et elle nous avait donné son numéro de téléphone. Elle travaille dans la justice. Elle est veuve depuis 2007. Une religieuse nous a parlé de magistrate à son sujet. Sa fille l’accompagnait. Onze ans, déjà grande, montée en graine, très noire de peau. Cette dame  parlait très mal anglais, elle nous a invité à venir la voir à Margao. Nous avons promis à notre retour et échangé nos numéros de tel mobile ; le lendemain elle nous a téléphoné.

Malgré les difficultés de langage, nous l’avons retrouvée près des jardins devant la Banque à 18h30 à Margao, ville de Goa assez sinistre. JL avait choisi un gâteau de Goa, un collier pour la petite et MJ un foulard Hermès qu’elle avait dans sa valise au cas où…A cette heure, ils étaient attendus pour diner. Ils l’ont retrouvé réservée, altière dans sa tenue verte. Elle les a entrainés à pied dans une rue puis l’autre plus déserte « my house is overthere » …Ils sont arrivés près du chemin de fer et ont du attendre le passage de deux trains interminables pour traverser. L’endroit était mal éclairé. Un temple en argile rouge, récent encore, hindouiste presque sur pilotis apparaissait lumineux. Elle expliquait qu’elle vivait chez son père. Après la mort de son mari, de crise cardiaque, les parents  de celui-ci ne voulaient plus qu’elle vive chez eux. Revenue ses frères ne voulaient pas d’elle. Son père l’a imposée. Ils sont arrivés non loin d’une rangée de petits maisons très précaires. Du bois entassé devant.  Elle a montré une porte ouverte et indiqué que c’était sa maison mais que pour l’instant son frère y avait des clients. Il fallait attendre pour prendre leurs chaises. La petite a surgi.  Pas très propre sur elle.  Elle est allée chercher un siège. Au bout d’un moment, les  clients sont partis. Ils sont entrés et ont salué le frère qui fait de la typographie ou plutot de l’édition  avec ordinateur. Il est parti. Amalia a voulu qu’ils  visitent les trois chambres :la sienne et celle de sa fille, celle d’un de ses frères, celle de son père…des pièces ressemblant à des débarras avec une couche et un tas de sacs, objets entassés,  les murs sales, atmosphère fermée et misérable… ! la salle de bain et la cuisine pas mieux. La maison était rudimentaire mais aurait pu être arrangée, coquette et gaie.

 Revenus au bureau, elle leur a proposé du thé. Grumeaux de lait, trop sucré.  Elle a posé à nouveau des questions et repris sa plainte. Un mélange de naïveté et de  lourdeur. Son beau visage  exprimait que de la tristesse. Son frère voulait la chasser.  Son père avait 85 ans, à son décès où irait-elle ? De plus, sa fille était un enfant adopté et son frère la tourmentait sur ce point. Combien coutait le voyage pour le Portugal, Pouvait-elle y avoir un visa pour y travailler ?  quand reviendraient- ils ici ? Indirectement mais de plus en plus clairement elle leur demandait de l’emmener avec eux, elle est sa fille. Très mal à l’aise, ils ont réagi. Elle devait s’adresser à des associations. Elle devait se ébattre. Elle ne savait pas comment s’y prendre. Ils devaient l’aider.  Elle voulait leur adresse au bord de la mer et se rendre chez eux ici à Benorim le lendemain. C’était impossible car ils étaient dans une guest house, par contre ils lui dirent de  les rejoindre demain. Ils iraient à la plage c’était à 5km. La petite s’est réjouie. Demain 11H au bus stand. Ils se sont esquivés. Dire qu’ils s’attendaient à une invitation à diner dans une famille hindoue chrétienne !!! Ils avaient tout faux.


JL a pensé qu’elle ne viendrait pas.  MJ non. Elle a trié des médicaments qu’ils n’on pas utilisé pour les lui laisser. 11H Bus stand personne,  6 bus arrêtent  il est 11H40.. Personne.
Le lendemain soir elle appelle. Elle n’est pas venue parce qu’elle se sentait pas bien. Veut nous voir. Ce n’est plus possible. Elle a envoyé par texto son courriel. Bien nous correspondrons ainsi.




Toutes sortes de linges


Plus nous avançons  dans la découverte d’un pays, plus il est difficile d’affirmer ou de juger. La complexité de la vie en Indes ne cesse de se dévoiler.

Il est difficile pour les indiens d’accepter que les étrangers évoquent toujours le phénomène des castes. D’autres lignes de partage sont cependant en train de bouleverser l’ordre traditionnel. Il existe encore.

Il est juste aujourd’hui de noter que le pouvoir de l’argent est un paramètre de premier rang. Des brahmanes ne sont pas riches, les industriels et commerçants  ont pu faire fortune. Il y a eu un président hors-caste.
Eau  au robinet public M.


L’appartenance religieuse est un marqueur fort. Géographiquement ce que nous voyons ce sont des églises, des temples hindouistes et des mosquées colorées.  Des quartiers donc. Des écoles religieuses. Des différences de costumes selon la religion, moins de saris  chez les catholiques, des burkas et  tenues intégristes chez les musulmans…l’identité religieuse est suraffichée aux portes des maisons, dans les magasins, dans les bus avec ostentation. Explosif ?

L’origine rurale ou urbaine se voit aussi. Les gens de Bombay ou de Delhi par ex. sont à la mode un peu américains jeans, ne, femmes en tunique et legging, hommes en short…leurs enfants sont souvent tout ronds car ils mangent sans arrêt. Ils nous abordent avec aisance. Sont ouverts, chaleureux. Les gens de la campagne nous dévisagent. Sont comme étonnés de nous voir.

Aure ligne de fragmentation la langue. Hier comme nous prenions le bus avec un changement pour l’aéroport, un jeune indien donnait des recommandations à un autre, puis nous a dit vous allez voyager ensemble  nous le confiant. Il a ajouté, il ne parle pas tamoul, seulement telegu et ici les gens ne parlent pas non plus anglais. Peu d’indiens parlent anglais. Ceux qui parlent anglais sont les nouveaux notables.


Pour revenir su la question des hors castes…Doit-on et c’est la question posée au Japon avec les Burakumins  analyser les phénomène des hors –castes en dehors du phénomène de classe ?. Pour les marxistes non. Pour les autres, oui. Ensuite se posent les problèmes de quotas qui favorisant des personnes non compétentes nuisent finalement au groupe concerné car cela donne de celui-ci une image négative. Le traitement de la question est différent en ville et dans les campagnes où l’appartenance était inscrite dans la disposition des habitations dans les petites villes. Dans Mémoires de Paria de Terre Humaine on voit aussi le phénomène générationnel, les jeunes nés en 60 ne veulent plus accepter un « ordre «  qui était en quelque sorte assimilé par les parents dominés.
Dans Mistry A fine balance est décrite  la violence du châtiment pour les exclus qui cherchent à s’affranchir et quitter leur groupe pour devenir couturier.
 Comme au Japon les hors-castes occupent des métiers précis. Ceux qui touchent à la mort : des hommes, des animaux ( boucherie, cuir, chaussures, tambours, gants…), à la saleté ( blanchisseurs, éboueurs).
En tous els cas dans un journal indien nous voyons que des annonces matrimoniales sont classés par castes et font mention des castes.

Peut-on trouver dans l’attribution des ordures aux hors castes une raison pour expliquer que personne ne prend le problème des ordures au sérieux. Que des égouts, des détritus, les bouses de vache continuent à salir les rues ou les ruelles ? Quid du fait de se laver dans de l’eau sale  dans les gahtts ?

Comment articuler cela avec des notions de pureté qui sont dans l’hindouisme : séparation de la préparation de la cuisine et des plats que la salive a touché, de la vaisselle.

Un tel voyage ne permet de répondre à des questions sans lire, approfondir. Bien des visions d’hier  sur l’Inde sont dépassées, c’est patent. La population moyenne vit de plus en plus à l’aise. Les classes supérieures peut-être mieux qu’en France. L’éducation se développe partout. Pourtant l’éducation est un bien de consommation elle aussi, les parents paient des sommes énormes pour la scolarité puis pour l’université. Différence entre les écoles publiques et privées.









Quid de la sécurité sociale pour les gens sans revenus  et pour les personnes âgées qui n’ont pas de retraite ? Là encore cela doit dépendre des états

Une autre ligne de séparation est le contact à l’étranger où il y a des diasporas indiennes. Par ailleurs beaucoup de jeunes diplomés partent travailler, des hommes laissent leurs familles pour aller dans les pays du Golfe…La distance avec les leurs lors du  retour au pays de ces personnes est patent, os le notons plusieurs fois en discutant avec des jeunes et moins jeunes venus passer les fêtes de fin d’année en Indes et un peu désemparés, ils font du tourisme entre hommes. Ils travaillent dans les pays du Golfe. Partout, nous sommes frappés par le nombre d’indiens émigrés ou de personnes qui sont à l’étranger : les filles de la logeuse de Fort Cochin à Oman et Barein, le mari d’une autre en Arabie Saoudite, les enfants à Londres, à Boston, d’autres en Australie. Des annonces vantent le travail à l’étranger. Les salaires plus élevés attirent les jeunes diplomés à l’étranger.

Ici les immigrés viennent du Népal, de la Malaysie au moins les personnels des hotels, des restaurants

C’est un  véritable tourbillon qui est bien décrit  dans la littérature et la sociologie ( Lahiri, Baba..)